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30/11/2018 - Articles

Oser parler de notre propre violence

Oser parler de notre propre violence

Il y a quelques semaines, nous avons commémoré le centième anniversaire de l’armistice de la guerre 14-18. Derrière ces célébrations, on discerne la rupture qui a inauguré le 20ème siècle et la naissance de ce qui fait notre monde d’aujourd’hui. En écoutant les discours du 11 novembre, j’ai été frappé de constater qu’ils étaient largement centrés sur deux aspects : l’héroïsme du poilu et l’horreur de la guerre des tranchées.

Ces facettes répondent sans nul doute d’une réalité. En même temps, je me demande si ces deux extrêmes n’occultent pas le quotidien de ce qui fait une guerre : la banalité de la violence, la mutation insidieuse qui fait d’un homme, un tueur, les émotions qui transforment un père de famille en meurtrier. Il y a là, je crois, un tabou à explorer

L’inavouable plaisir face à la violence

Dieu merci, la plupart des européens vivant aujourd’hui n’ont jamais été confronté à une question aussi radicale et ne le seront probablement jamais. Pourtant, sans aller jusqu’à de telles extrémités, la question de la violence est bien présente. Steven Pinker a beau démontrer, chiffres à l’appui que le monde n’a jamais été aussi pacifique qu’aujourd’hui, les médiats font leurs choux gras du moindre fait divers, les films dégoulinent d’hémoglobine et les jeux vidéo qui ont le plus de succès se résument souvent à massacrer son prochain.

Cela peut s’expliquer par tout un jeu d’hormones et par le plaisir que nous éprouvons à la sensation d’être toujours en vie après avoir frôlé la mort. Je ne souhaite pas aborder ce point, mais plutôt l’éventualité que cette violence soit bien une possibilité de l’humain.

Réagir ?

Etrangement, il n’est pas si aisé de trouver des études sur le sujet. Beaucoup de recherches abordent le stress, la colère, la violence pathologique… mais il y a peut-être une gêne à s’imaginer soi-même en train de prendre un bâton pour frapper quelqu’un. D’un point de vue social, c’est heureux qu’il y ait une forme d’interdit de la violence. C’est grâce à lui que la proportion de femmes et d’enfants battus a radicalement diminué au cours de ce siècle.

Pourtant, ne pas oser poser ces questions nous laisse démunis quand la violence apparait. Comment réagir quand les sbires de Génération identitaire mènent des opérations coup de poing dans les Alpes, que dire quand une personne enjambe un mendiant sur un trottoir, que faire quand un couple en vient aux mains dans la rue, etc.

Biologie de la violence

Au-delà de la colère, loin de la violence pathologique, la violence (physique ou symbolique) fait bien partie de notre patrimoine d’homo sapiens. Les neurosciences décrivent assez précisément le circuit qu’elle emprunte dans notre cerveau. L’amygdale est généralement connue pour être le siège de la peur. Elle est également le siège de la violence, notamment quand elle est suractivée. Pour sa part, le préfrontal, via sa fonction inhibitrice, est sensé pouvoir la contrôler. Dans la mesure où de nombreuses zones du cerveau sont étroitement connectées à l’amygdale, elle a une furieuse facilité à sur-réagir et à influer en retour les différentes réactions possibles du cerveau. Malheureusement la voie qui unit le préfrontal et l’amygdale n’est pas symétrique ! Concrètement, l’amygdale a plus d’influence sur le préfrontal que le préfrontal n’a de capacité à inhiber l’amygdale.

Par ailleurs, un troisième larron vient se glisser dans cette histoire : l’insula. Ce noyau est moins connu que les deux précédents. Il est pourtant essentiel car il est au cœur de la conscience noyau et plus particulièrement du sentiment d’agentivité. Autrement dit, le sentiment d’être acteur et responsable des actes que nous commettons… Or, quand nous sommes violents, nous avons globalement moins le sentiment d’être les auteurs de nos agissements… Donc, quand j’engueule mon fils, j’ai plutôt le sentiment que c’est de sa faute, et que, moi, je n’ai pas fait quelque chose de grave !

Il est imaginable que cette parade de notre cerveau préserve notre estime de soi voire notre santé mentale. Elle nous rend aussi « complices » de notre propre violence.

Agir

Est-ce à dire que nous ne pouvons rien faire face à la violence, voire que ces quelques lignes tendent à justifier la guerre et à annoncer le retour de l’horreur ? Non, naturellement. La société a trouvé divers palliatifs : au niveau individuel, le tabou de la violence est une « méthode » relativement efficace, l’éducation à la coopération en est une autre, au niveau sociétal, une société démocratique canalise ces pulsions et les accords d’une politique multilatéraliste humanisent chaque relation entre nations.

Cependant, au-delà de ces solutions « culturelles » et « top down », il me semble également important d’offrir à chacun la possibilité d’agir sur lui-même et sur son entourage. Sans prétendre donner ici des réponses définitives, j’aimerais clôturer par une série de questions :

  • Comment être lucide sur mes propres pulsions, mes peurs ?
  • Quelles sont les valeurs que je perçois comme si sacrées que les voir bafouées me fait « perdre la raison » ?
  • Comment me défaire de toute complicité vis-à-vis de la violence ?
  • Comment créer de l’harmonie au cœur même du bouillonnement émotionnel ?
  • Comment rétablir la paix en moi ?

 

Pierre Vandenheede Pierre Vandenheede

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